Séminaire : sociologie électorale au Maroc

Le Centre Jacques Berque et l’Association Tafra organisent une journée d’étude sur la sociologie électorale au Maroc le 23 septembre 2016.

Argumentaire :

Parmi ses caractères spécifiques, la démocratie représentative suppose l’existence d’un procédé par lequel la communauté politique, « le peuple », désigne des représentants chargé d’instruire, discuter et conduire les affaires du groupe.

Adoptée en 1962, la première constitution du Maroc définissait le régime comme « une Monarchie constitutionnelle, démocratique et sociale » (art.1), au sein de laquelle « les partis politiques contribuent à l’organisation  et à la représentation des citoyens » (art.3). Par la constitution de 2011, le choix démocratique devint « irréversible » (préambule), alors que le multipartisme est, depuis l’Indépendance, une donnée désormais structurelle du jeu politique.

Dès lors, le concept de « représentation » recouvre une étendue vaste d’enjeux politiques, renvoyant à l’architecture institutionnelle du régime, l’équilibre des pouvoirs qui le composent et la pratique des électeurs qui y adhérent (ou non). Le séminaire dédié à la sociologie électorale du Maroc s’attachera à l’exploration de quatre thématiques :

  • Structures et techniques de l’élection

La désignation de représentants suppose la définition de règles du jeu électoral, en premier lieu celles du territoire, la circonscription, et de la technique de désignation, soit le mode de scrutin.

Or, la « philosophie » du découpage du territoire en circonscription n’est pas neutre : les caractéristiques sociales, économiques et culturelles constituent des critères de choix, en mesure d’influer sur le résultat de la représentation.

Il en est de même concernant le mode de scrutin. L’élection au scrutin de liste à la proportionnelle est ainsi réputée plus démocratique mais cause de morcellement, tandis que le « first pass the post » anglais favoriserait la bipolarisation au détriment de la variété des options admissibles. Au Maroc, la pratique du scrutin uninominal, suivi de la proportionnelle par liste, puis leur pratique simultanée mais dépendant du contexte constituera un champ de questionnement.

Du territoire au mode de scrutin, il est enfin question de la pondération des voix, laquelle renvoie aux grands clivages : les villes vs la campagne, populations turbulentes vs populations conservatrices etc

Cette thématique aura pour but de comprendre et d’explorer les implications de l’architecture électorale marocaine et permettra de contribuer à répondre à la question suivante : dans quelles mesures les résultats électoraux sont-ils des instruments de compréhension de la configuration du pouvoir, de ces équilibres et des réalités politiques ?

 

  • L’Electorat marocain

L’électorat marocain du début des années 1960 était de l’ordre de 4,6 millions de personnes, ultra majoritairement rurales et analphabètes. Lors des élections de 2015, le corps électoral potentiel dépassait les 22 millions d’individus, majoritairement urbains.

Il s’agira donc, dans un premier temps, de dresser le portrait de l’électorat marocain depuis 1960, afin d’identifier les variables et les tendances lourdes qui structurent son évolution et son vote. Des facteurs explicatifs tels que l’appartenance sociale, la religiosité, l’éducation pourront être mobilisés.

D’autre part, il s’agira d’étudier la corrélation (ou l’absence de corrélation) entre les variables structurelles énoncées plus haut, et de possibles variables conjoncturelles liées aux enjeux et thématiques propres du scrutin considéré (« alternance démocratique », « lutte contre la corruption », enjeux sécuritaires etc.)  La question de l’identification partisane pourra également être traitée : la catégorie « parti politique » est-elle pertinente pour comprendre les choix des électeurs ?

En définitive, il s’agira de tenter de comprendre les raisons qui motivent le vote et l’abstention des Marocain(e)s.

  • L’Administration et l’Election : voter en situation autoritaire

A l’opposé de la logique du choix par les électeurs se situe celle de la nomination de gouvernants par une souveraineté qui n’est pas populaire.

De la définition des règles du jeu électoral (découpage, mode de scrutin, pondération), l’organisation pratique du scrutin, au rapport avec les partis politiques, l’administration, notamment celle du Ministère de l’Intérieur, joue un rôle de premier plan dans le processus de sélection des élus.

Cet axe s’attachera à étudier le rapport et l’attitude de l’administration à l’élection. Réciproquement, il s’agira également de comprendre la signification du vote, dans un contexte où une part sans doute majoritaire des acteurs politiques perçoit le rôle prédominant des acteurs administratifs.

Symétriquement, quels en sont les enjeux (symbolique, économique, politique et sociaux) du vote dans une situation autoritaire ? Dans quelle mesure le circuit électif permet-ils d’influer sur la définition des politiques publics et l’allocation des ressources de l’Etat ? Existe-t-il un modèle d’analyse capable de restituer la complexité du phénomène électoral dans un pays tel que le Maroc ?